Europe de l'Ouest
Kirghizistan : regain de tension entre Ouzbeks et Kirghizes ?
18/05/2010
Après les heurts de la semaine dernière entre adversaires et supporters de l’ancien président déchu, le gouvernement provisoire kirghize s’inquiète d’une possible confrontation entre Ouzbeks et Kirghizes dans le sud du pays.

Les heurts de la semaine dernière se sont conclus avec la mise à feu de maisons appartenant à la famille du président déchu Kurmanbek Bakiev. ©AKIpress
Les affrontements armés qui ont opposé la semaine dernière partisans et opposants de l’ancien président Kurmanbek Bakiev dans la ville de Jalal-Abad, la région d’origine de M. Bakiev, ont provoqué au moins deux morts et quelque soixante blessés. Après l’expulsion des supporters de M. Bakiev des bâtiments officiels qu’ils avaient occupé durant plusieurs heures, le conflit se terminait, la nuit suivante, par la mise à feu de plusieurs maisons appartenant à la famille Bakiev, dans le village de Teyit.
Comme le soulignait l’agence Fergana.ru le 17 mai, ce sont les partis « Ata Meken » (« la patrie », en langue kirghize) et « Rodina » (« la patrie », également, mais en russe), qui auraient fourni le plus gros des troupes des supporters du gouvernement provisoire kirghize. « La grande majorité du parti Rodina sont des Ouzbeks » souligne l’agence, qui pose ainsi la question du « facteur ouzbek » lors de ces événements. affirmant que, pour de nombreux journalistes de la région, les faits seraient clairs : « Ce sont les Ouzbeks qui ont chassé les supporters de Bakiev ». Une terminologie qui peut être lourde de signification en terme de nouvelles tensions entre groupes ethniques, dans un région qui a connu des précédents sanglants, et à l’heure où les autorités provisoires pensent que les supporters de l’ancien président vont tenter d’attiser un conflit entre Kirghizes et Ouzbeks dans le sud, afin de déstabiliser le pays.
Des précédents sanglants
Les villes d’Och et de Jalal-Abad, où ont eu lieu les principaux affrontements de la semaine dernière, sont situées dans la vallée de Ferghana. Cette région, qui s’étend sur trois pays (le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Kirghizistan) est connue à la fois pour la fertilité de sa terre, la pauvreté et la concentration de sa population, et sa diversité ethnique. Elle a derrière elle une longue histoire d’éruptions de violence entre communautés ethniques différentes. L’un des épisodes les plus marquants aura peut-être été l’affrontement de milliers de Kirghizes et d’Ouzbeks du printemps 1990 à Och, déclenché par des questions de distributions de terres. Selon plusieurs estimations, les violences, qui s’étaient étendues sur plusieurs jours, avaient alors provoqué plusieurs centaines de morts. L’agence Fergana.ru avance aujourd’hui le chiffre de 1'200 morts, qui aurait à l’époque été enregistré par le ministère public soviétique.
Si des incidents d’une telle ampleur n’ont plus eu lieu depuis, une certaine tension est cependant perceptible dans la région, notamment dans la ville d’Och, où les Ouzbeks, minoritaires dans le pays, sont majoritaires dans cette ville. Ainsi, aujourd’hui même, le procureur de la ville d’Och, Latyp Zhumabaev, annonçait que son administration avait enregistré, depuis le début de l’année 2010, 106 cas de « conflits » ayant un « caractère interethnique ». Ces conflits de la « vie courante » n’ont pas pour autant, a spécifié M. Zhumabaev à AKIpress, une dimension « nationaliste ». Cette situation de tension permanente n’en est pas moins préoccupante, à l’heure où « des forces destructrices utilisent différentes méthodes et voie pour enflammer des conflits entre nationalités, et saper la confiance en les structures judiciaires ».
Ne pas céder aux « provocations »
A Bichkek, c’est Azymbek Beknazarov, membre du gouvernement provisoire kirghize chargé des questions de justice, qui affirmait aujourd’hui que les supporters de M. Bakiev allaient désormais tenter d’ « enflammer » les « ressentiments interethniques ». A cet effet, des attaques contre des maisons ouzbeks auraient déjà été commises lors des récents événements de Jalal-Abad. Cité par l’agence russe Regnum, M. Beknazarov a affirmé avoir rencontré les représentants de la « diaspora ouzbek », afin de leur recommander de ne pas céder aux « provocations ».
Selon les données du recensement national de 2009, les Kirghizes constituent 69,9% de la population totale du Kirghizistan (environ 5'270'000 personnes). Les Ouzbeks, deuxième groupe ethnique en importance, comptent pour 14,5% du total, et les Russes, en troisième position, pour 8,4%. Aucune des 13 autres "nationalités" recensées ne dépassent les 1% de la population.
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