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Economie-fiction: la Russie sans travailleurs illégaux

christ_sauveur

 

18/07/2011

Quelles conséquences pourrait avoir le départ de toute la main d’œuvre illégale de Russie ? Un hausse « folle » des prix de l’immobilier, une augmentation notable du prix des transports et de l’alimentaire, et une perte sèche pour les exploiteurs de main d'oeuvre illégale.

Quelle serait la conséquence économique du renvoi de tous les immigrants illégaux de Russie ? C’est la question que posait récemment le magazine russe Esquire (14/07/2011), à une série d’entrepreneurs et de managers, ainsi qu’à un représentant de la diaspora tadjike en Russie. Ce serait, de l’immobilier aux courses de taxis, en passant par les produits textiles, une augmentation générale des prix. Et pour les exploiteurs de main d’œuvre non déclarée, une perte sèche de bénéfices faciles.

Différence « folle » dans l’immobilier

A Moscou, explique à Esquire Alexandre Vaguin, président d’une compagnie immobilière, le travail des ouvriers représente le 20% du prix du mètre carré construit, le quart de ce travail correspondant à un travail « non qualifié », réalisé « de manière générale, par des travailleurs illégaux ». La différence entre le salaire d'un « illégal » et d'un travailleur détenteur du passeport russe allant du simple au quadruple (250 U$ contre 1000 U$ par mois), le surcoût résultant de l’absence de travailleurs clandestins entraînerait, par exemple, pour un appartement de deux pièces de 70m2 dans la banlieue de Moscou, une hausse du prix de vente de 42'000 U$. « Une différence folle », résume Alexandre Vaguin, « pour une famille moyenne ».

Moitié moins de taxis

Sur les 30'000 chauffeurs opérant à Moscou, 15'000 d’entre eux sont des illégaux, estiment Felix Margarian, directeur général de la compagnie des « taxis jaunes » de la capitale. Au total, ils transporteraient 150'000 passagers par jour, la moitié d’entre eux, souligne Felix Margarian, bénéficiant des tarifs de « dumping » pratiqués par les chauffeurs illégaux (un prix moyen de la course de 250 roubles, ou 6 euros, contre 400 roubles, ou 10 euros pour les taxis légaux). Considérant que les chauffeurs illégaux transportent la moitié du total des passagers par jour, leur disparition signifierait une augmentation de 60% du prix de la course pour leurs anciens clients, ainsi qu’un temps d’attente doublé pour tous, selon Felix Margarian. De plus, souligne-t-il, il serait alors impossible de se reporter sur les « taxis collectifs », ceux-ci étant gérés principalement par des « Tadjiks, des Ouzbeks ou des Ukrainiens », dont le départ supprimerait cette alternative de transport.

Pour Dmitry Potapenko, propriétaire du supermarché « Gastronomchik », l’avantage des travailleurs non qualifiés, qui lui coûtent 6% de son chiffre d’affaire et est essentiellement originaire « de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan », c’est qu’ils se contentent en général d’un logement modeste, « d’une pièce », qu’ils « paient de leur poche ». Difficile de leur trouver des remplaçants prêts à faire un tel travail dans la capitale, soutient Potapenko, qui en serait réduit à faire venir de la main-d’œuvre de « tout le pays », à qui il ne lui faudrait pas seulement payer le déplacement et un logement plus spacieux qu’aux « illégaux », mais pour lesquels il lui faudrait encore régler toutes les procédures nécessaires avec le service fédéral de la migration, à ses frais. Au total, Potapenko estime que ses dépenses pour cette catégorie de travailleurs équivaudrait à 9% de son bénéfice, et qu'il lui faudrait augmenter le prix de vente de ses produits de 15%.

"Grâce à Dieu, nous avons trouvé de nouveaux Ouzbeks"

Natalya Kartashova, propriétaire d’une boutique de textiles dans la capitale a déjà expérimenté ce que représenterait pour son commerce le départ des travailleurs au noir. Alors qu’elle utilisait les services d’un « énorme atelier de couture souterrain » au marché Cherkizovsky, qui lui prenait 150 roubles pour la fabrication d’un rideau, celui-ci avait fermé en même temps que le marché. Elle s’était alors adressée à un atelier employant des « Moscovites », qui, lui, demandait 100 roubles par mètre de tissu. Alors que Natalya Kartashova vendait habituellement ses rideaux 2'500 roubles, avec ces nouveaux tarifs, le prix de vente « se serait envolé jusqu’à 3'500 roubles ». « Mais, grâce à Dieu, nous avons trouvé de nouveaux Ouzbeks ».

« Moscou se noie dans la boue »

« Si demain tous les immigrants quittent Moscou, la ville se noie dans la boue », affirme Karomat Sharipov, président d’une association d’immigrants du Tadjikistan. Tout simplement parce que les responsables des services de conciergerie de la ville ont pris l’habitude d’engager officiellement de leurs proches pour faire un travail qui est en fait réalisé par des immigrants, souvent originaires d’Asie centrale. Ceux-ci ne reçoivent que 3'000 des 13'000 roubles du salaire officielle, la différence finissant dans les « poches » des dirigeants de ces services. Qui quitteraient à leur tour le pays en cas de départ des étrangers illégaux, puisqu’ils « n’auraient plus personne à spolier ».

©Europe-Asie

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