Asie centrale
Lecture : le Turkménistan de l’après Turkmenbachi
« Turkménistan »[1], une des rares monographies consacrée en français au Turkménistan, dévoile une dictature à peine assouplie depuis la mort du « Père des Turkmènes » en 2006.

Pays fermé, peu accessible, aride, riche surtout de coton et de gaz, le Turkménistan postsoviétique a longtemps été connu avant tout par l’excentricité de son ancien dirigeant, Saparmourat Niyazov, proclamé président à vie en 1999, et mort en 2006. Celui qui se faisait officiellement appeler « Turkmenbachi », soit « Chef des Turkmènes », devait, en peu de temps, établir dans son pays une dictature empruntant des symboles que l’on croyait d’un autre âge.
Face au soleil
Durant plusieurs années, les médias occidentaux se sont fait l’écho de quelques unes des initiatives les plus loufoques de Niyazov : la construction d’une statue dorée à son effigie de 75 mètres de haut, qui tournait sur elle-même en suivant le soleil ; l’adoption d’un calendrier officiel nommant les mois selon sa vie (« janvier » devient « Turkmenbachi »), sa vie (« avril » devient « Gourbansoltan », sa mère), son œuvre (« septembre » devient « Rouhknama », titre d’un ouvrage publié au nom du président à sa gloire et à la gloire du peuple turkmène) ; ou encore l’attribution du nom de « Turkmenbachi » à tout et à n’importe quoi, d’une vodka à des yaourts, en passant par des mosquées, des rues, des montagnes, et une variété de melon particulièrement savoureuse.
« Coup d’Etat discret »
En décembre 2006, après la mort de Niyazov, à 66 ans, c’est par un « coup d’Etat discret », affirme Jeangène Vilmer, que Gourbanguly Berdymouhamedov lui succède : « Le 26 décembre, il convoque une session extraordinaire du Halk Maslahaty [le parlement] pour faire passer quelques amendements à la Constitution : il fait modifier l’article 61 qui dit désormais qu’en cas d’incapacité du président, c’est le vice-président du Cabinet des ministres (lui) qui assure la présidence par intérim. » Le 14 février 2007, Berdymouhamedov est élu président avec près de 90% des voix, au terme d’une élection qui ne l’a confronté qu’à des inconnus, après que, le 23 décembre, « l’une des rares figures de l’opposition vivant encore au Turkménistan, Nougerbdy Nourmammedov, co-président du Parti de l’Unité (Agzybirlik), avait disparu après qu’il ait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle ».
Nouvelle personnalité, même culte
Berdymouhamedov procède ensuite à quelques réformes. Mais, s’il lève par exemple les interdictions sur le cinéma, le cirque et l’opéra qu’avait imposée son prédécesseur, s’il allonge la durée de scolarisation et de formation, notamment pour les médecins, que Niyazov avait raccourcie, s’il ordonne la destruction de l’effigie délirante de l’effigie du « Chef des Turkmènes », et s’il introduit une apparence de pluralisme dans le pays, ces changements ne doivent pas faire illusion. C’est bien, souligne Jeangène Vilmer, au remplacement d’un culte de la personnalité par un autre, moins spectaculaire, que l’on assiste.
Au-delà de la description de la concentration des pouvoirs dans ce qui était l’une des plus pauvres et des moins connues des républiques soviétique, le livre de Jeangène-Vilmer offre également un aperçu de la politique de « turkménisation » menée après l’indépendance, qui a entraîné la mise à l’écart des Russes vivant dans le pays. Il évoque aussi le contrôle permanent de la population par la police, l’absence de liberté d’expression, et la violation récurrente des droits de l’homme, dont la communauté internationale ne fait pas un sujet d’actualité, les immenses réserves de gaz du pays étant bien plus décisives dans les rapports avec ce pays déconcertant. Si « Turkménistan » prend parfois l’allure d’un long catalogue alors que l’on aurait pu attendre plus d’analyses, il n’en constitue par moins l’une des trop rares études en français sur un pays très mal connu.
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